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Parlement des exilés : 17 « députés » font leur rentrée à l’université

— Élus en juillet au sein du Parlement des exilés, 17 représentants des personnes étrangères en France entament le15 septembre une année de formation universitaire ä lavie citoyenne qui leur permettra d’exercer leur mandat.

Caissière, femme de chambre, réceptionniste, auxiliaire de vie… Elle a fa it c tous les métiers que [ont les immigrées quand ils arri- venfi en France» avant de devenir gestio nnai re du bureau d’exa- me ns d’une université. Rania Titi, 45 ans, est syrienne. En 2014, cette architecte de formation a fui son pays en guerre et est arrivée en France, où elle a obtenu le sta- tut de réfugiée et repris des étu- des qui lui ont permis de décro- cher une licence en anglais-arabe et un diplôme Hospitalité, média- tions, migrations (H2M).

Laureate de l’Acadé mie pour la participation des person nes réfugi ées, elle a créé en 2023, dans les Yvelines, l’Association interculturelle Daniel Paris pour œuvrer à l’intégration des fem- mes exilëes. «Daniel Paris, c’est le nom du bénévole de la Croix- Rouge qui, en me donnant des cours de fran çais ma is aus st en m’accueillant chez lui et en m’ex- pliqua nt les codes de mon pays d’accueil, a changé mm vie», expli- que eette fernme pleine d’énergie. Rania fait partie des 17« dépu- tés» du tout nouveau Parlement des exil es. Ë1us en juillet, ils démarrent ce lundi 15 septembre le premier jour d’une formation universitaire à la vie citoyenne qui leur permettra ensuite d’exer- cer leur mandat, en faisant des propositions dans le débat public, notamment sur les sujets lies à l’immigration.

Ce projet inedit est ne an moment des déb at s de la loi Darmanin sur 1’immigration, en 2023, au sein d’un collectif informel d’u ne quinza ine de personnes.« On a été frappés de constater que, jamais dane le dé- bat, la pa role des pri ncipa ux ìntéressés n’éta it entend ue. On s’est demand é pourquoi. Et on s’est dit que peut-être, on pouvait les former à prendre la parole», explique la directrice, Dounya Hallaq, qui imagine alors, notam- ment avec Rudi Osman, Syrien et fondateur de l’Union des étu- diants exiles, une démarc he en trois phases.

Premiè re étape : trouser des candidats.« On voułait des per- sonries qui sour in sta llées en France durab fernent ct qui ont env re de s’enga ger daus la vie citayenne, doric on a ciblé des exi- lés qui avaient déjà en un engage- ment dans leur pays on en France, poursuit Dounya Hallaq. Mr on voøfn it qu’i 1s p uíssent su i vre ensuite une formation unìversi – taire, danc il faIlait qu’i 1s atent des pa piers et un hon niveau de français. » Lancêe en janvier au Co nseil écon omique, social et envi ronneme ntal (Cese), la campagne de prësentation dans plusieurs villes et en ligne est un succês.« On s’attendait ó une soixantaine de candidate, on en a en 224», reprend Dounya Hallaq.

Ce projet inédit est né au moment des débats de la loi Darmanin sur l’immigration, en 2023, au sein d’un collectif informel d’une quinzaine de personnes.

La deuxième étape de la dé- marc he commence aujourd’hui avec le démarrage d’une forma- tion porté e par l’université de Nanterre, avec des partenaires comme l’lnstitut Jacques-Delors ou la Columbia University in Paris. Créé sur mesure, ce di- plôme universitaire (DU) « Tra- vaux et techniques politi ques pour parlementairesexilés» com- prendra à la fois des enseigne- ments théoriques (institutions françaises, droits de l’homme…) et des ateliers pratiques (notam- ment sur la maîtrise des réseaux sociaux et des médias). La for- mation se conclura par un stage de deux m ois auprè s d’é1us ou d’administrations.

L’idée est qu’ils deviennent des experts de leur sujet de façon à pouvoir formuler auprès des décideurs des propositions pour améliorer les conditions d’accueil et d’intégration des exilés.

Dès septembre 2026 commen- cera à proprement parler le man- dat, où les elus travailleront en commissions thématiques (loge- ment, santé, emploi…). «L’íd ée est qu’ils deviennent des experts de leur sujet de façon à pouvoir formu ler auprès des déc íde urs des propositions pour améliorer les conditions d’accueil et d’inté- gration des ext lés », reprend Dounya Hallaq.

Pour Inamullah Samoon, la ré- flexion a déjà commence. Évacué de Kaboul ap rès l’arrivée des talibans, cet Afghan de 25 ans est arrivé en 2021 en France, où i1 a repris des études d’informa- tique en Alsace après un job étu- diant pour la mission solidarité de l’université d e Strasbourg, qui aide les étudiants exilés à re- prendre des études. « Ce que l’on fait dans cette mission, on pour- rait le faire à plus grande échelle, estime-t-il. II faut permettre aøe gens qui le souha itent de fa ire des étu des et de progresse r en français. Et il faudra it pou vair reconnai“tre l’expérience profes- stormed/e acquise ailleurs grâce à une va 1idat ion des acqu is de l’expérience.»

«La reconnnissa rice des com- pécences, c’est vraiment un en- jeu, abonde Jabir Zain, Souda- nais de 38 ans, qul a obte nu l’asile en France après avoir été enlevé et torturé en Libye, où ila grandi, en raison de son acti- visme pour les droits de l’homme. Arrive en France en 2020, cet an- cien étudiant en médecine exerce comme aide-soignant. «J’aime mon boulot, mais pourquoi ne pas permett re aux gens de fa ire ce pour quoi ils sontformés ?›

 

Le profil des élus

  • Neuf femmes et huit hommes ont été élus, dont deux supléants, à l’issue d’un vote qui proposaient de choisir un ticket homme-femme.
  • Cinq élus sont syriens, cinq sont afghans, deux sont turcs. Et l’on compte aussi un Tunisien, un Guinéen, un Soudanais, un Irakien et un Iranien.
  • Les réfugiés politiques sont surreprésentés. sans doute du fait du ciblage de candidats ayant déjà eu une expérience d’engagement. Quinze élus ont le statut de réfugié, un est demandeur d’asile et un autre a un titre de séjour «vie privée et familiale».
  • Tous sont diplômés. Un est déjă avocat, un autre médecin, deux sont doctorants, dix ont un niveau licence ou master, un BTS, et deux ont un niveau diplôme universitaire.

 

_ Nathalie Birchem

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